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Nulle entrave à la passion...


      Envoyer des questions pour une interview, c'est un peu comme jouer à la roulette russe. Parfois, l'artiste concerné est blasé, surchargé par la promo, ou peut-être que tout simplement c'est le chroniqueur qui n'est pas inspiré. Le plus souvent, et heureusement, la connexion se fait et on peut publier un article digne d'intérêt.
      Et puis il y a Eric Pariche, vocaliste chez
Waverly Lies North, qui n'a pas simplement joué le jeu, il s'est emparé de l'interview afin de partager sa passion et sa vie. Alors sortez une bonne bière ou faites-vous un café, installez-vous confortablement, lancez la lecture du magnifique "A Soul in the Void" et en avant la musique !
Interview réalisée par mail en Mars 2015 par Thierry    






      Quizz album Eric

le meilleur album de tous les temps:
      Guns‘n’Roses : Appetite For Destruction
le pire jamais entendu:
      n’importe quel album de Grégoire (et non je ne les ai pas tous entendus et oui je sais, j’ai triché mais là c’était vraiment une trop belle occasion !)
le plus étrange/bizarre écouté:
      ce n’est pas un album mais une démo d’un groupe qui n’existe plus et qui s’appelait Nuts Rat Fat Kebab (en plus il s’agit de potes à moi !)
celui sur lequel tu aurais aimé chanter:
      Judas Priest : Painkiller
celui que tu choisirais pour initier quelqu'un au metal:
      Ramstein : Mutter


link site
- Bonjour Eric, et merci de nous consacrer un peu de temps ! Pour commencer, quel argumentaire déploierais-tu afin d'inciter quelqu'un à écouter "A Soul in the Void" ?

Eric (chant): Je tiens d’abord à insister sur le fait que c’est moi qui te remercie Thierry. Les gens qui prennent le temps et l’énergie, voire « le risque » de mettre en avant un projet qui n’est pas encore particulièrement connu le méritent vraiment. Même si Waverly Lies North avance bien ces derniers temps, il s’agit encore d’un jeune groupe et le soutien de personnes passionnées et curieuses comme toi (non! Il ne s’agit pas d’un vilain défaut) est fondamental. Je précise d’ailleurs que cela n’est pas valable que pour les critiques particulièrement flatteuses : chaque chroniqueur a le droit et même le devoir d’exprimer son opinion, nous acceptons volontiers cette règle du jeu.
Concernant les raisons qui pourraient pousser quelqu’un à s’intéresser à ce 1er album, j’en citerais cinq :
- Tout d’abord il s’agit du projet de gens passionnés parfaitement sincères dans leur démarche, ce qui par les temps qui courent est déjà un gage de crédibilité. - Ensuite (et cela est lié), il émane de notre rencontre sur cet album quelque chose de singulier.
La naissance de cet album est remplie d’anecdotes, il n’a pas vraiment été composé et enregistré de manière académique, que ce soit au niveau des moyens ou de l’équipe en place… Pour résumer, c’est le même principe que certains handicaps qui vous permettent à travers une motivation hors-norme de trouver des chemins que l’on n’aurait jamais trouvés en étant logé à la même enseigne que les autres pour arriver à un résultat qu’on n’imaginait souvent pas au départ… Le processus de création artistique, d’arrangement et d’enregistrement a beaucoup à apprendre de ce principe. Quand on fait du Metal Symphonique, qu’on est un musicien consciencieux et déterminé, si on veut toucher le ciel (ou l’enfer ; hihihi !) sans gros moyens (temps, subventions, locaux…) on compense avec d’autre choses et si l’on est patient, on se surprend souvent soi-même…
- La troisième raison c’est que je chante dedans ! Lol
- La quatrième c’est que ma chère et tendre chante aussi dedans ! re Lol
- La cinquième : je crois que j’ai un peu trop de choses à dire à ce sujet il faut que j’en garde sous le pied pour la prochaine Interview…

- Comment t'es-tu retrouvé chanteur de Waverly ? As-tu été recruté « afin de » réenregistrer l'album, ou est-ce que cette décision a été prise après ton arrivée ?

Les frangins m’avaient sollicité plusieurs années plus tôt, ils m’avaient découvert via l’un de mes anciens groupes, Darjeeling (chanson française metal… prog fusion), et me voulaient comme chanteur avant même la conception de WLN mais malgré pas mal d’efforts pour trouver une solution, j’avais peu de temps à l’époque, je privilégiais l’opéra et d’autres projets… C’est quelques années plus tard qu’ils m’ont recontacté à un moment plus opportun, j’ai constaté leur réelle motivation et leur patience, j’ai donc accepté de faire un essai. Un mois plus tard avait lieu le 1er concert de WLN, trois mois après ils me proposaient de réenregistrer leur disque de manière plus pro et en y intégrant le tout nouveau titre « Aria Nocturna » qui est aujourd’hui notre « tube » en quelque sorte.

- As-tu eu un retour de la part de Yann Hollier ? Comment a-t-il pris le fait de voir son travail réenregistré ?

Il était convenu que Yann ne reste pas par la suite, il était là pour aider à faire avancer le projet mais ne comptait pas vraiment en faire partie. Donc tout s’est parfaitement bien passé, je l’ai rencontré une fois où il m’a félicité pour mon travail. Le moins qu’on puisse dire c’est que pour quelqu’un qui était là pour « dépanner », il a plutôt assuré !
Sa voix, naturellement plus haut perchée, moins large et moins sombre que la mienne, donne immédiatement autre chose esthétiquement. Après, ça devient une affaire de goût : n’oublions pas qu’à la base, et c’est ce qui rend pour moi le chant si passionnant, chaque voix est unique… Ce que j’ai trouvé très intéressant dans le fait de passer derrière lui, c’est de ressentir et d’apprécier à quel point un groupe tout entier va sonner différemment juste parce que le chanteur est différent.

- As-tu joui d'une certaine liberté d'interprétation sur les morceaux existants, ou avais-tu pour consigne de coller aux versions de ton prédécesseur ?

Disons que « à la louche » j’ai eu 80 % de liberté … Si l’on écoute la version avec Yann et ma version, on se rend vite compte que beaucoup de choses ont bougé dans l’arrangement des voix, cela pour deux raisons évidentes : la première version était une démo, les arrangements n’étaient pas assez aboutis, l’autre raison est que, comme je le disais plus haut, Yann et moi avons deux voix et deux styles totalement différents, ce qui impliquait de réévaluer un certain nombre de choses (l’accordage et certaines lignes de chant par exemple…).
J’ai enregistré mes voix chez un ami, Alek Baral (ingénieur du son et aussi excellent chanteur), surtout pour des questions pratiques (j’habite à 120 km en gros des autres membres de WLN). Chaque jour nous envoyions les nouveaux morceaux enregistrés à Ed qui m’a rarement demandé de faire marche arrière concernant mes libertés.

- Est-ce toi qui t'es chargé de toutes les voix masculines sur l'album (Lead, chœurs, cris « extrêmes »...) ?

Oui ! C’est mon cheval de bataille, j’adore faire tout un tas de choses avec ma voix. J’ai travaillé de longues années différentes techniques, je suis quelqu’un de véritablement fasciné depuis mes tout débuts dans la musique par la voix humaine.
Dans le cadre de « A Soul In The Void » je ne pouvais pas non plus partir dans tout les sens, ça n’aurait pas été d’à-propos… Mais j’espère pouvoir varier davantage les nuances et les techniques sur le prochain album, c’est bien parti pour en tout cas.

- J'ai vu que récemment à Rouen, Waverly Lies North a partagé l'affiche avec... Superscream, ton autre groupe. J'en déduis donc que tu as chanté sur deux sets d'affilée. N'était-ce pas trop éprouvant vocalement ? Y a-t-il des écueils à éviter dans ce genre de configuration ?

Évidemment il faut être en forme ! Surtout que vocalement le 2ème album de Superscream (qui va sortir bientôt) est vraiment très physique. J’ai la chance d’avoir acquis aujourd’hui une technique qui me permet de tenir la distance, de plus je suis entraîné physiquement.
Le 1er écueil à éviter c’est je crois de ne pas se crisper en se disant qu’on n’ira jamais au bout. Une voix c’est en réalité bien plus solide qu’on le croit, c’est souvent le mental qui nous fait défaut et peut avoir des conséquences directes sur notre physique ou nos cordes vocales. Sur l’aspect purement technique (mais c’est lié à ma réflexion précédente), il faut éviter de se dire qu’on y va à l’économie pour tenir, c’est le meilleur moyen de se tendre et donc de se fatiguer beaucoup plus vite (l’effet obtenu est en général inverse), quand on chante, tout comme quand on saute en hauteur ou que l’on joue de la batterie par exemple, le relâchement est essentiel et cela même lorsqu’on growl ou qu’on chante une note très aiguë, ça peut paraître contradictoire mais c’est pourtant fondamental !

- En écho à cette question, est-ce que tu t'astreins à une hygiène de vie particulière pour préserver ta voix ?

A part le fait que je suis maintenant triathlète (spécialiste de l’Ironman) depuis bientôt 4 ans et que je m’entraîne donc en moyenne neuf à dix heures par semaine, je ne m’astreins à rien de particulier : Je suis un épicurien, j’adore faire la fête, j’aime beaucoup les bons alcools, je me couche tard et suis accro aux bonnes choses en général. En revanche j’ai tout de même arrêté de fumer il y a 2 ans et demi.

- Tu te présentes comme « chanteur professionnel ». Est-ce que tu veux dire qu'en France, on peut vivre de la musique métal, ou est-ce que cette casquette implique d'autres activités ?

Bien sûr ! Vivre en chantant dans des groupes de metal (en France en particulier) c’est très compliqué quand ce n’est pas impossible. 90 % de mon activité professionnelle s’établit aujourd’hui dans le lyrique, je suis ténor, j’ai suivi un cursus complet au conservatoire et un perfectionnement par la suite, et l’on m’engage le plus souvent dans divers opéras à la production.
Je tiens d’ailleurs à dire qu’il est déplorable que dans certains contextes, les artistes soient naturellement payés, défrayés et déclarés avec champagne et petits fours (de luxe) alors que dans d’autres ils ont droit à bonjour, au revoir et une bière « de merde le plus souvent ». J’évolue personnellement depuis disons une quinzaine d’années, dans les extrêmes de cette injustice qui touche les musiciens et je peux mieux que quiconque dénoncer cet état de fait.
Cela a d’ailleurs tendance à s’empirer de nos jours, avant je croyais que ce qu’on touchait financièrement dans la musique n’était pas lié au mérite. En fait la réalité est bien pire je crois ! On me propose régulièrement des prestations que je refuse car je les considère avilissantes artistiquement, ces choses en questions sont généralement les mieux payées ! Rien d’étonnant dans un pays où des millions de gens se ruent le samedi soir devant leur télé pour regarder des gens comme Lio (les brunes comptent pas pour des prunes…) ou André Manoukian… par exemple juger et pire, conseiller en se parolisant nos « soi-disant » artistes de demain… J’ai eu plusieurs fois l’occasion de rencontrer les gens qui tirent les ficelles du succès et croyez moi ça fait peur. Bref ! Plus que jamais la route est semée d’embûches.

- Quels sont les projets de Waverly Lies North dans un avenir plus ou moins proche ? Une tournée est-elle envisageable ?

Aller vers des prestations de plus en plus pertinentes et singulières sur scène, beaucoup de choses sont en discussion à ce sujet en ce moment. Pour moi, il est important qu’on se démarque de ce qui se fait communément. Je ne suis pas naïf, nous ne réinventerons pas l’histoire de la musique en faisant du metal avec des guitares électriques… mais nous pouvons tout de même trouver notre propre chemin, voire un jour apporter notre pierre à l’édifice qui sait ? Nous sommes aussi sur l’écriture d’un deuxième album qui sera davantage pensé pour le live, il faut savoir qu’au départ Ed et Julien ne pensaient peut-être jamais jouer ce 1er album en live !

- Te vois-tu participer à l'écriture des morceaux à venir ? La direction musicale du groupe prévoit-elle des interventions régulières d'Audrey Escots ?

Il est certain que je vais participer à l’arrangement et je participe à la composition de certaines mélodies. Il est possible que je propose des compos qui viennent directement de moi, mais cela dépendra. Il ne s’agit pas de mon projet à la base et je considère avant tout que mon rôle est d’apporter ce qui manque dans la mesure de mes compétences pour que WLN avance… Si j’ai plus de temps et que je sens que mes compos perso apportent quelque chose sur ce 2ème album alors on en discutera, pour le moment le processus créatif fonctionne très bien comme ça.
Concernant Audrey, il y a fort à parier qu’elle va intervenir davantage dans le 2ème album. Ce 1er essai à été tout simplement magique, nous sommes tous deux chanteurs lyriques avec une culture très imprégnée de musique actuelle… Bref ! ça marche tout seul pourquoi s’en priver ?!

- Un petit mot sur Superscream, ton autre groupe ? Un successeur à Some Strange Heavy Sound est-il en préparation ?
Oh que oui ! Quasiment tous les instrus sont dans la boîte, il me reste à chanter et à m’arracher les cheveux !!! Une première sortie régionale de ce 2ème album est d’abord prévue, avec une résidence de quatre jours et tournage d’un DVD live dans une bien jolie salle dont je me dois de taire le nom pour l’instant… Tout ce que je tiens à dire c’est que ça va vraiment être un album de ouf !!!

- Le mot de la fin est pour toi, que voudrais-tu ajouter pour les lecteurs de La Guilde du Metal ?

Rien d’original mais je tiens à dire un grand merci à tout ceux qui nous soutiennent en général chacun à sa manière (fans, famille et amis). En particulier Ingrid Pecquery et Mat Wongraven qui nous accompagnent et nous aident énormément depuis le début. Je remercie Yann Hollier d'avoir « débroussaillé le terrain » et permis au projet d’avancer avant mon arrivée. Je tiens également à remercier les musiciens de WLN pour leur sérieux et leur motivation plus que jamais nécessaires. Je ne vais pas citer tout le monde mais ça n’est pas pour autant que je les oublie (à suivre…).
Concernant vos lecteurs, je souhaite que cette interview les ait rendus curieux et permette donc à Waverly Lies North de franchir de nouvelles frontières…