Revenu du fin fond des abysses


      Ils reviennent de vraiment loin, les français d'Ocean: très actifs à partir de 1975, ils freinent un peu leurs activités après la sortie du troisième album en 1981. En pause après leur participation au Tribute to Trust courant 2001, ils décident de mettre définitivement fin à l'aventure en 2004 après la disparition de Robert Belmonte, leur chanteur emblématique. Pourtant, les voici de retour aujourd'hui alors que personne n'osait plus espérer les revoir un jour en studio! Avec une équipe un peu remaniée, ils enregistrent un très bon disque de hard rock à la française qui s'inscrit dans la lignée des productions actuelles mettant l'accent sur les penchants musicaux des gloires passées du rock hexagonale. Un certain mystère plane au dessus de ce retour soudain sur le devant de la scène, espérons que Georges Bodossian soit enclin à lever le voile sur celui-ci dés à présent.
Interview réalisée par mail en Mai 2016 par Yroenn    






      Quizz album Georges

le meilleur album de tous les temps:
      « Sgt Pepper’s Lonely Heart Club » The Beatles
le pire jamais entendu:
      le pire je le retiens pas
le plus étrange/bizarre écouté:
      « Turn it over » Tony Williams Lifetime
celui qui donne la pêche à chaque fois:
      « Are You Experienced » The Jimi Hendrix Experience
qui relaxe avant de dormir:
      le silence
qui apaise après une mauvaise journée:
      le silence également


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- Bonjour à vous! Avant de nous lancer dans une petite rétrospective de votre carrière album après album, je vous pose la question fatidique: Ocean, album enregistré en 1981, et maintenant C'est la fin enregistré en 2016, soit plus de 34 ans les séparant. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de combler vos fans par votre retour en studio?

Georges Bodossian (Guitares): Bonjour, le groupe s’est arrêté une première fois en 1982, par la suite quelques enregistrements reformations rééditions et compilations ont activé et alimenté notre parcours pendant toutes ces années, un nouveau line up en 1983 avec l’enregistrement de « Super polar / Je voulais pas » (Reflex Records), en 1986 nous décidons avec Robert de réactiver OCEAN avec « Juste au bout du désert / Flash de nuit » (Clever Carrere Records), en 1998 un nouvelle version de « Juste au bout du désert » (Sony music) en 1998 réédition du premier album du groupe God’s Clown (Mantra Records), en 1998 et en 1999 les compilations Révolution 1 Anthologie du Hard Rock français (Axe Killer) et Révolution 2 Anthologie du Hard Rock français (Axe Killer) en 2000 réédition du dernier album Barclay, « Aristo », « Je suis mort de rire » « Rock n’ Roll » « Qu’on me laisse le temps » avec en bonus les quatre titres live du OCEAN « A Live + B » en 2001 notre participation au Tribute to Trust où nous avons repris le titre « Ton dernier acte » chez Axe Killer, en 2004 nous décidons de remonter le groupe avec un nouvel album, malheureusement cette envie commune ne verra jamais le jour avec le décès de Robert, malgré tout comme tu le vois nous avons toujours été un peu présents, c’est en fin 2009 à la sortie du coffret « Story Live & More » regroupant toute la discographie du groupe, que j’ai eu envie à nouveau de remonter le groupe.

God's Clown [1977]

- Attaquons cette rétrospective avec un regard sur votre tout premier LP, qui sonne pour moi comme la rencontre entre King Crimson, Led Zeppelin et Hawkwind, largement à la hauteur des productions britanniques, les rois de l'époque dans ce milieu. Racontez-moi un peu de quelle manière vous en êtes venus à vous lancer dans le rock progressif.

Nous nous sommes jamais lancés dans la musique progressive, c’était juste les tendances de cette époque, musique planante et psyché, rock blues et musique progressive, Jimi Hendrix, Cream, King Crimson, Led Zep, Frank Zappa, Mahavishnu c’étaient nos références, nous étions aux balbutiements du Hard Rock.

- Étant donné la qualité exceptionnelle de ce premier album, et le fait qu'il soit chanté en anglais avec un accent impeccable, qu'est-ce qui pourrait expliquer qu'il n'aie pas littéralement cartonné à sa sortie de votre point de vue?

En 1977 « God’s Clown » est sorti chez Crypto, label du groupe Ange, cet album va nous permettre de tourner et de prendre la route, on se produit de plus en plus, seuls ou avec d‘autres artistes tels que Ange, Magma, Atoll... Théâtres, MJC, Centres Culturels, Festivals, Festival de Belfort, Festival de Talence, Festival de Brest, Festival d’Annecy, la Fête de l’Humanité, l’Olympia, le New Morning à Genève, le Golf Drouot, sans oublier le Gibus Club, c’est grâce à cet album que le groupe se fait entendre devient populaire signe son premier contrat avec une major Barclay aujourd’hui Universal.

- Votre chanteur de l'époque, l'excellent Robert Belmonte, possédait un timbre et une amplitude digne d'un Robert Plant qui je pense devait être un de ses modèles. Où avez-vous dégoté un vocaliste de cet acabit?

A Paris par l’intermédiaire d’un ami commun, c’était la bonne rencontre elle fut immédiate et réciproque.

- Georges, tu es également d'une grande virtuosité à la guitare et ce dés le premier opus, à l'instar de la section rythmique largement à la hauteur. Quel fut ton parcours de formation en tant que guitariste pour arriver à un tel niveau?

Un parcours simple et passionnel, pas de formation particulière juste de la curiosité et l’envie d’aller toujours plus loin, construire et tracer sa route.

Ocean [1979]

- Second album cette fois-ci intégralement chanté en français. Pourquoi avoir choisi d'abandonner la langue de Shakespeare pour celle de Molière alors qu'il était plus difficile pour vous de toucher un large public en chantant dans notre langue nationale?

Il était plus difficile voir impensable pour un groupe français de signer un contrat avec une major en France tout en chantant en anglais, c’était aussi un choix qui nous semblait plus évident avec un durcissement du style.

- Bien que de nombreuses formations s'y soient risquées dans les années 80 avec plus ou moins de succès, le français n'est pas une langue aisément adaptable au hard rock, tant pour la prononciation que pour l'écriture des textes. Robert a été aussi bon dans une langue que dans l'autre, mais n'a-t-il pas eu trop de difficultés à se plier à l'exercice?

Trust, Téléphone, Noir Désir prouvent le contraire, penses-tu qu’ils auraient vendus autant d’albums en France chantant en Anglais ? [NDLR: en France non, mais à l'international, oui] Je ne pense absolument pas que le chant en français soit un obstacle, au contraire c’est lui qui donne notre identité.

- On passe d'un rock progressif très aérien à un hard rock plus classique, moins alambiqué dans sa structure, ainsi que plus lourd et simplifié au niveau des guitares. Même question que pour le chant: quelles sont les raisons d'une telle évolution?

C’est l’évolution naturelle du groupe vers un durcissement du style, nous avons été peut être les premiers à faire du rock dur dans la langue de Molière, hard rock dans celle de Shakespeare, nous avons laissé peu à peu le rock progressif vers un rock plus dur et binaire.

- À moins d'une erreur, Jean-Marie Moreau est l'auteur de tous vos textes en français, ainsi que de ceux composant l'album suivant. Pouvez-vous nous parler un peu de ce cinquième membre du groupe qui semble vraiment important dans son histoire?

Effectivement Jean Marie Moreau est l’auteur pratiquement de tous les textes de la période Barclay, c’est par l’intermédiaire de notre éditeur que nous l’avons rencontré.

Ocean [1981]

- Ce troisième album, vous choisissez de le nommer également Ocean, ce qui est assez surprenant. Pourquoi avoir choisi à nouveau votre patronyme pour baptiser cet opus, ce qui est assez perturbant? Était-ce justement le but recherché?

Je pense que c’est une idée de Barclay de vouloir imposer le nom du groupe et pas un titre d’album, nous avons simplement laissé faire, avec le recul c’est sûrement une erreur.

- Vous avez eu l'occasion d'ouvrir pour Iron Maiden à l'occasion du Killers World Tour à cette époque. Avez-vous fréquentez le groupe directement lors de la tournée ou étiez-vous toujours chacun de votre coté? Une anecdote croustillante à leur sujet?

Avant de faire la tournée « The Killer World Tour » avec Iron Maiden, nous avons fait le « Highway to Hell tour » avec AC/DC, nous les avons fréquentés lors des tournées respectives, une soirée mémorable avec Maiden et Scorpions, quelques parties de babyfoot avec Maiden toujours perdants, et des petits moments inoubliables avec Bon Scott.

- Quatrième album cette année, dont le titre C’est la fin insinue étrangement que vous allez mettre fin à votre carrière alors que vous venez juste de réapparaître. À travers ce titre qui semble si évocateur, existe-t-il une volonté de votre part d’ironiser sur cette longue période d'attente enfin terminée?

Pas du tout, c’est l’album de la fin et de la continuité, un trait d’union une passerelle avec le passé historique d’OCEAN, nous avons pris le temps pour le réaliser, prendre du recul c’est important, ça permet d’avoir une meilleure vision, pas facile de donner une suite tout en respectant l’avant en proposant du nouveau, une nouvelle équipe, une nouvelle voix, des nouveaux titres, le choix des mots, des choix de production, que dire de plus, un chapitre nouveau s’ouvre aujourd’hui.

C'est la fin... [2016]

- Robert Belmonte nous a malheureusement quitté en Mars 2004, évènement marquant pour le groupe qui mettra alors fin à ses activités. Mais vous voici de retour avec Stef au chant sur ce nouvel opus. Son timbre de voix est vraiment très éloigné du chant très aigu et puissant de Robert, était-ce un choix délibéré de prendre une voix aussi différente de celle qui avait forgé votre identité dans le passé, ou Stef s'est-il imposé d'une autre façon?

Le départ de Robert en 2004, met un terme définitif à l’idée que nous avions de reformer le groupe, contrairement à ce que tu peux penser en 2010 nous sommes séduits par les capacités, puissance et texture de voix de Stef très proches de ceux de Robert, pour être un peu plus technique la largeur des tessitures est différente mais les capacités sont les mêmes, pour moi c’était l’idéal, pouvoir retrouver la même palette des couleurs avec une proposition nouvelle.

- La production de ce nouvel album sonne très moderne, très clean, tout en gardant l'esprit hard rock d'antan grâce à ce style propre au groupe. Là où d'autres formations jouent la carte de la nostalgie en conservant au maximum le son des eighties, qu'est-ce qui vous a au contraire poussés à vous adapter au son actuel avec un mixage plus contemporain?

Le son des eighties nous intéresse peu, nous sommes en 2016, pourquoi refaire ce que nous avons fait dans les années 80 ? Cet album reflète ce que nous sommes aujourd’hui.

- Nous profitons aujourd’hui d’une sorte de revival du bon vieux heavy/hard francophone, avec une prolifération de jeunes formations pleines de talent comme Hürlement rencontrant pas mal de succès, marchant sur les pas des plus anciennes comme Blasphème, Vulcain ou ADX qui peuvent ainsi rester en activité. Avez-vous fait la connaissance d’un groupe de la nouvelle génération qui vous aurait particulièrement marqué, voire épaté?

Personnellement autour de moi et sans les nommer je vois toujours des groupes anciens encore en activité, les nouvelles générations sont souvent perdues livrées à elles mêmes dans le zapping quotidien des informations.

- Je ne pense pas me tromper en imaginant que ce sont surtout les plus anciens amateurs de hard rock qui connaissent Ocean [moi-même ne vous aie découvert qu'au PMFF en Janvier 2013]. Que souhaiteriez-vous dire à la jeune génération pour les inciter à s'intéresser à votre musique?

C’est juste, je me souviens de ton live report du PMFF très spécial, pas d’accord avec toi mais après tout c’est ton opinion ;) Pour OCEAN nous avons déjà fait notre chemin, pour le reste les jeunes générations le plus important c’est de prendre du plaisir, de laisser passer ses émotions, bouger, aller aux concerts, faire vivre la scène française et surtout faire du bruit car sans vous on est rien !