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Une entité aussi immortelle qu'incorruptible


      À l'occasion de la quatorzième livraison studio de ces piliers du heavy metal français que sont KILLERS, je me suis dis qu'il serait intéressant de se faire une petite interview-carrière avec le fondateur/leader/chanteur/guitariste Bruno Dolheguy en revenant sur certains événements inhabituels ayant ponctué leur histoire, tout en recueillant au passage ses pensées sur notre scène musicale contemporaine. Bruno, c'est ta tribune, à toi de jouer!
Interview réalisée par mail en Février 2015 par Yroenn    






      Quizz album Bruno

le meilleur album de tous les temps:
      le prochain album de Killers
le pire jamais entendu:
      celui que l'on n'aura pas le temps de faire
le plus étrange/bizarre écouté:
      celui que certains pensent qu'on aurait dû faire
celui qui redonne la pêche à chaque fois:
      celui qu'on a fait et celui qu'on va faire
qui relaxe avant de dormir:
      celui qu'on est en train de faire
qui apaise après une mauvaise journée:
      tous ceux qu'on a fait et qui finalement démontrent que l'on n'est pas une si grosse merde que cela


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- Salut Bruno! C'est en 1982 que le nom de Killers est officialisé, soit il y a 33 ans. Toi qui est le seul rescapé de la formation originelle, pourrais-tu résumer en quelques mots tes sensations en pensant à toutes ces années de carrière au service du heavy metal?

Bruno (guitare/chant): Fierté et bonheur complet de me retrouver depuis plus de la moitié de ce temps avec Thierry et Titi au sein d'un groupe totalement indépendant et libre grâce notamment à ceux qui nous soutiennent, mais également fierté d'avoir vécu la première moitié de ce temps en ayant joué avec des musiciens que je remercie très sincèrement sans aucune exception pour tout ce qu'ils ont apporté au groupe.

- N'as-tu pas songé à tout abandonner en voyant les musiciens arriver avec la plus grande motivation et devoir repartir quelques années plus tard, tandis que tu restais fidèle au poste?

Non, jamais. Je sais qu'il n'est pas simple dans l'hexagone de mener une activité musicale sur le long terme donc je comprend les départs surtout que dans la grande majorité des cas il s'agissait de cessation de toute vie musicale en groupe.

- En parlant de poste, tu as pris le micro en 1992 à l'occasion de l'enregistrement de Cités Interdites. S'agit-il d'une décision spontanée car tu souhaitais vraiment prendre le chant à ton compte, ou est-ce une conséquence de cette difficulté à trouver un chanteur adapté au groupe après deux tentatives?

Sur le coup, c'était juste pour mettre un guide afin de montrer les nouvelles lignes de chant aux éventuels candidats au poste. Les autres membres du groupe ont entendu et apprécié et je me suis donc retrouvé en charge du chant principal. C'était pas vraiment une situation envisagée mais, avec le recul, je ne le regrette pas car cela a stabilisé le groupe à ce niveau.

- On remarque une évolution dans la lourdeur et la nervosité de votre style (instrumentalement et vocalement), allant grandissant au fur et à mesure des albums, pour atteindre les sommets que nous pouvons constater aujourd'hui. Cette évolution est-elle mûrement réfléchie et sciemment appuyée, ou s'est-elle opérée presque inconsciemment de manière tout à fait naturelle?

L'implication sans cesse grandissante de Thierry et Titi et notre exceptionnelle entente sont à mon avis les principaux éléments responsables de la situation actuelle. Je me contente de cadrer tout cela pour que la cohérence demeure mais ce n'est pas très difficile car tout se fait très naturellement.

- Tes textes et ton chant sont réputés pour leur agressivité envers tous les sujets qui te révoltent. On peut se demander si les années défilant tu ne te serais pas apaisé tout en continuant à écrire sur ces sujets pour rester raccord avec l'identité du groupe. Peux-tu nous donner tes impressions personnelles à ce propos?

Si j'écrivais toujours de la même manière, on pourrait effectivement se poser la question mais je crois que ce n'est pas le cas. Je crois avoir un peu bougé avec le bénéfice de l'expérience et tout me semble un peu mieux situé. Je n'ai pas à écrire pour rester raccord avec l'identité du groupe puisque j'ose espérer que c'est ce que j'écris qui participe à la rendre raccord. Après, je positive davantage certaines choses surtout depuis le décès de Nicko parce qu'il me paraîtrait indécent, irrespectueux et égoïste de sombrer dans un spleen circonstanciel. Et pour ce qui concerne les révoltes, ce serait mal me connaître que de penser qu'elles apparaissent juste pour se coller sur une vitrine. Cela n'a jamais été le cas et ça ne le sera jamais.

- Revenons sur deux rééditions d'album particulières. En 2001, vous avez réenregistré Mise Aux Poings avec ta voix en remplacement de celle de Serge Pujos (second chanteur du groupe). Pourquoi avoir choisi cet album au lieu d'un des trois autres sur lesquels ta voix n’apparaît pas?

Tout simplement parce que c'était le seul dont j'avais les bandes playback. Il n'y a donc pas vraiment eu d'autre choix envisageable.

- Seconde surprise: cette réécriture des paroles de Mauvaises Graines, rebaptisé pour l'occasion Killing Games, dans une version anglaise. C'est le seul album chanté en Anglais. Qu'est-ce qui a motivé la réalisation de ce projet, et pourquoi n'a-t-il jamais donné suite?

La motivation résulte de la conjonction de notre passage au festival de Wacken en 1999 et du fait de travailler à nouveau avec Xavier Lorente qui pouvait se charger de la réécriture des paroles en anglais. Ce fut une expérience intéressante mais elle n'a pas fait l'unanimité auprès des auditeurs fidèles. J'ai su l'entendre et il n'y a pas eu de suite donnée.

- La langue Basque semble tenir une grande place dans ton cœur, puisque pratiquement chaque album depuis Fort Intérieur (avec "Arrantzale") contient sa chanson interprétée dans ton langage natal. Le projet d'enregistrer un album entièrement chanté ainsi est-il en attente, ou cela restera-t-il ton petit plaisir symbolique pour chaque apparition?

Il n'y aura jamais d'album présentant uniquement des morceaux inédits intégralement chantés en basque. Peut-être qu'un jour les existants seront symboliquement regroupés sous forme d'une compilation mais ce n'est pas encore envisagé car on a tout juste dépassé en durée la moitié d'un contenu possible. Pour la première fois avec « Etorkizun bidea », je me suis occupé de l'écriture du texte mais ce n'est pas évident car je n'ai pas du tout la même maîtrise qu'en français. Par contre, je me régale à chanter en basque et il y aura effectivement d'autres apparitions plus ou moins systématiques.

- Tout le monde se rappelle de cette reprise étonnante de "L'Aigle Noir" initialement écrite et interprétée par Barbara. Pourquoi ce morceau reste-t-il (à ma connaissance) la seule expérience de ce genre dans votre carrière? N'auriez-vous pas envie de tenter l'adaptation de votre style à d'autres classiques?

Cela arrivera sûrement mais il est vrai que, pour le moment, ça ne s'est pas reproduit avec un classique de la chanson française. Il y a eu néanmoins d'autres expériences qui ont été menées avec des classiques du Metal (Manowar et Motörhead), de la chanson basque (Mikel Laboa) et divers clins d’œils à la musique classique auxquels se rajoutent aussi des thèmes cinématographiques.

- Comment perçois-tu la scène metal française à l'heure actuelle, ainsi que la scène heavy metal dans sa globalité?

Je ne perçois plus, j'en reste juste à ma qualité de modeste participant qui s'occupe avec deux autres amis d'un groupe et de ceux qui l'apprécient en le soutenant directement. Quand je dis cela, il ne faut pas que ça fasse désabusé car ce n'est absolument pas le cas. C'est juste que ce type de perception ne relève pas de ma compétence. Je pourrais te parler avec beaucoup de clairvoyance et de chaleur d'individus que je connais mais pas de l'ensemble de ceux qui en sont les protagonistes. J'ai juste globalement un avis plutôt positif concernant quasiment tous ceux que l'on croise par monts et par vaux.

- Un petit mot à adresser directement à nos lecteurs?

Pas forcément original mais c'est celui que j'utilise le plus souvent actuellement à bon escient : Merci d'être là !!!