Runaljod – Ragnarok

    note   18/20

      line-up
    * Einar Kvitrafn Selvik: Chant, Instruments
    * Lindy-Fay Hella: Chant

      tracklist
    01. Tyr
    02. UruR
    03. Isa
    04. MannaR Drivande
    05. MannaR Liv
    06. Raido
    07. Pertho
    08. Odal
    09. Wunjo
    10. Runaljod

"Runaljod – Ragnarok"

Sorti le 21 Octobre 2016 chez By Norse Records

Site Officiel: www.wardruna.com
Facebook: www.facebook.com/wardruna


      Voilà un projet qui ne fera pas forcément l'unanimité, en particulier chez les amateurs de metal. Pourtant, Wardruna a ses racines profondément ancrées dans les fondations même du black metal, son instigateur Kvitrafn ayant appartenu (ou appartenant encore) à nombre de formations reconnues dans le milieu, à commencer par Gorgoroth et Sahg (ainsi qu’un album unique associé à King sous le nom Jotunspor, avec lequel certains liens évidents se tissent). Rien d'étonnant à ce qu'il fasse donc équipe avec son ancien compagnon d'armes Kristian Eivind “Gaahl” Espedal (ex-Gorgoroth/God Seed) qui nous livre depuis 2003 ses plus belles vocalises claires, dans des tonalités graves et profondes. À ses côtés est aussi présente une chanteuse lyrique, duo qui a su apporter à Gap Var Ginnunga [2009] et Yggdrasil [2013] leur profondeur et leur saveur folklorique uniques. Cependant, Gaahl semblant se retirer petit à petit de la scène black, ce troisième album s'est donc fait sans lui, Einar assurant alors lui même ce travail. Bien qu'on puisse regretter cette absence, l'essence du groupe n'en est aucunement altérée comme vous pourrez en juger par vous-même si vous prenez le temps de vous pencher sur Ragnarok.

      On retrouve cependant bien plus de pistes instrumentales et de longues plages atmosphériques aux sonorités naturelles, captures de craquements d'arbres, de planches d'un drakkar en perdition, ou tout simplement de la pluie et du vent. Ragnarok insiste ainsi davantage sur l'aspect Bande Son de la Nature qu'on connaissait déjà de ses anciennes oeuvres, laissant aux vocalises souvent murmurées le soin de se marier en harmonie avec cette facette. Pourtant, la beauté et la force des albums de Wardruna ne résident pas seulement en la restitution des bruits de l'extérieur. Le morceau "Isa" sera le premier à laisser à l'Homme le soin de s'exprimer par lui-même, choeurs exotiques et tribaux principalement infantiles (dus à la présence de la chorale des enfants de Skarvebarna, rejointe par les propres héritiers d'Einar) venant déployer ses propres vibrations en écho de celles des fjords et forêts norvégiens. Les interventions du concepteur sont quant à elles plutôt portées sur des vibrations typées orientales, en adéquation avec la technique vocale du même registre le plus souvent employée par Lindy-Fay. D'autres instruments tout aussi traditionnels et folkloriques se mêlent aussi à cet échange mystique: guimbarde, harpe médiévale, jouhikko (lyre à archet norvégienne), lur en bronze (trompe droite, nouvellement incorporée à l’occasion de ce troisième opus) ou même corne de chèvre sont utilisées en association aux éléments naturels et aux voix de nos deux troubadours vikings.
      Pour finir, sachez que son thème prend la suite directe de celui entamé sur les deux premiers disques, faisant donc office d’ultime volume de cette trilogie à présent achevée, ce dernier volet en étant à mon sens l’apothéose légitime: son interprétation personnelle retranscrite en musique acoustique des vingt-quatre runes représentant le Futhark, considéré comme la plus ancienne forme d’alphabet runique (et l'origine même des langues germaniques).

      Un projet ambitieux et magnifique qu'il sera parvenu à mener à son terme de merveilleuse manière, en nous offrant un univers musical purement scandinave empruntant autant au tellurisme qu'à l'onirisme. Notre voyage s'opère dans la plus grande sérénité spirituelle qui soit, enveloppés des chants de notre Terre ainsi que de ceux des représentants élus des deux sexes de notre espèce, descendance inclue. Il m'est impossible de savoir avec certitude si le message qu'Einar tente de nous transmettre est plutôt optimiste ou pessimiste, mais l'apaisement qu'il insinue en nous par le jeu de ces sons est véritablement bénéfique, voilà qui ne fait aucun doute.
      Je connais Wardruna depuis le premier album, et pourtant je n'en parle que maintenant car mon ouverture à ce genre d'expérience totalement ambiante et hors du temps n'était pas aussi évidente lors de ma première confrontation avec l'oeuvre. Mes ressentis évoqués dans cette chronique s'appliquent donc en fait à toute la trilogie Runaljod car à présent je me sens apte à pouvoir juger dans les meilleures dispositions l'entièreté du projet selon ma connaissance actuelle de notre environnement et de notre culture, bien plus riche et éclaircie qu'elle ne l'était auparavant.
      Pour faire simple: Wardruna, ça déchire de l'intérieur, ne passez surtout pas à côté!

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