Fragilium

      line-up
    * Daniel Bollans - Chant
    * Shane Amies - Basse
    * Liam Houseago - Guitares
    * Jorge Figueiredo - Batterie

      tracklist
    01. In Darkened Slumber -7:26
    02. A Sentinel For The Fragile -11:06
    03. In Somnus Ego Morrior
              (In My Sleep I Die) -12:55
    04. An Elegy For The Departed -12:19
    05. To Welcome The Grey -12:17

"Fragilium"

Sorti le 28 Juin 2019 chez Solitude Productions

Site Officiel: www.consecrationdoom.com
Facebook: www.facebook.com/Consecration666


      Je vais vous épargner la présentation très imagée de Consecration à base de: « au delà de ce chemin, il n'y a plus de lumière, les étoiles paraissent si loin à l'horizon, le froid vous envahit, cette place sans nom est l'antre de la solitude et de la tristesse etc etc.», ce genre de discours nous l'avons déjà assez entendu et n'est pas forcément synonyme d'une musique aussi représentative que peuvent l'être ces images. En revanche, je peux tout simplement vous en dire que le quatuor de Norwich, Royaume Uni, donne dans le doom/death depuis maintenant neuf longues années, durant lesquelles ils ont enregistré un EP [Gut the Priest, 2010], une démo [Echoes of the Dead, 2013], une compilation l'année dernière [Remembrance], et surtout un premier LP baptisé Ephemerality dans le courant de l'année 2014. S'ils sont assez présents dans les médias en disposant par exemple d'une bonne visibilité sur divers samplers, le genre musical qu'ils défendent n'est pas le plus accessible ni le plus populaire au sein de notre milieu, et il faut bien chercher pour tomber sur leur nom dans une liste de représentants de cette scène. J'espère donc qu'avec ce second opus, ils pourront se faire entendre à plus large échelle; mais voyons tout d'abord de quoi il a l'air.

      J'espère que vous avez un peu de temps devant vous à ne rien faire (de vos mains, j'entends), car cet album va prendre son temps pour dérouler son décor de son côté! À commencer par "In Darkened Slumber" qui est une extrêmement longue entrée en matière, un instrumental guitare/basse intimiste qui me rappelle fortement les BO des “Pulp Fictions” de Tarantino. Le réalisateur aime s'attarder sur le développement de ses personnages et la mise en place de l'intrigue, c'est exactement pareil pour ce disque, et ça se poursuit encore pendant plus de deux minutes sur "A Sentinel For The Fragile"! On sort complètement des habitudes dans le milieu du Metal qui a tendance à sortir la grosse artillerie électrique assez rapidement, même si on y arrive toujours à un moment ou à un autre (sinon ça ne serait pas du Metal, voyons). Puisque nous y sommes, la référence My Dying Bride n'est pas soulignée par hasard, l'ambiance dark qui s'en dégage ramenant assez près de la formation compatriote culte sans en reprendre l'orchestration habituelle. Ici, le son est épuré et restreint à l'utilisation de la sainte trinité guitare/basse/batterie, accompagnée d'un growl bien profond digne d'un Asis Nasseri (Haggard). Cela ne signifie pas que nous nous restreindrons cependant à un tempo lancinant bien que nous ne l’éviterons pas totalement non plus, cette seconde piste se lâchant déjà à ce niveau. Doom, ils doivent tout de même rester, et nous ne reverrons plus de cavalcade élancée comme celle-ci à l'avenir, au point de continuer à descendre dans les BPM au fur et à mesure que les morceaux défilent pour terminer sur un "To Welcome The Grey" des plus discrets, en dépit d'un pont évoquant le 1er mouvement du "Moonlight Sonata" de Beethoven presque énergique comparé au reste. Vous serez peut-être surpris si je vous annonce que le final se fait sur un ralentissement progressif suivi d'une dernière secousse rythmique que personne n'attendait! En réalité, cet album ne souffre selon moi que d'un réel défaut, inhérent à la musique atmosphérique en général en plus de cela: l'homogénéité de son ambiance. Peu de variation dans ce domaine durant les cinq pistes, le thème général n'étant décliné qu'en deux formats: les passages guitare/basse légers, et les passages doom/death plutôt linéaires. Et je ne vois pas grand chose d'autre à dire de négatif, même si ce point est assez impactant pour le plaisir de l'écoute.

      Consecration semble avoir souhaité retranscrire un univers inspiré des Bandes Originales, ou du moins de la musique d'une certaine époque, en version électrique et dépressive, appuyant fortement sur les émotions mélancoliques grâce au doom/death après avoir introduit sa référence principale. Si sur la longueur les sensations éprouvées sont très similaires à celles que peuvent procurer leurs pairs dans le milieu, les britanniques ne manquent tout de même pas de marquer leur musique d'une touche personnelle loin d'être insignifiante, ce qui n'est pas donné à tout le monde lorsqu'on se frotte à un style aussi codifié et étriqué que celui-ci. Dans ce registre que j'apprécie particulièrement, je pense pour ma part que l'objectif est atteint.

Yro logo link site